Rencontre avec Sébastien d'Hérin

Sébastien d'Hérin - Chef d'orchestre et fondateur des Nouveaux Caractères

Bonjour Sébastien et merci de nous accorder cette rencontre ! Avec la soprano Caroline Mutel, vous êtes les fondateurs des ‘’Nouveaux Caractères’’ fondé en 2009 et dont vous jouez également au sein de cet ensemble. Pouvez-vous nous raconter sa naissance ?


S.D.H : Étant claveciniste, je me suis formé au sein de grandes formations, notamment avec Jean-Claude Malgoire, Hervé Niquet et Marc Minkowski. Cependant, je ressentais le désir d’aboutir à un projet plus personnel et différent consacré au répertoire de la musique baroque (d’abord française puis italienne). Le projet s’est donc concrétisé avec Caroline et nous avons commencé modestement mais avec beaucoup d’ambition ! Officiellement, l’ensemble s’est produit pour la première fois à Versailles justement avec les ‘’Leçons des Ténèbres’’ de François Couperin avec Caroline et la mezzo-soprano Karine Deshayes.


Dans votre biographie, vous évoquez le fait de redécouvrir les œuvres baroques sous un œil nouveau. Pouvez-vous nous en dire davantage ?


S.D.H : Il s’agit de découvrir (et parfois, de s’attacher !) à des partitions complètement oubliées et de les questionner, tout en étant ouverts et modestes aux croyances d’aujourd’hui. Nous avons un regard à la fois concentré sur le côté théâtral et musical puis essayons de les mettre aux convictions du moment. Depuis la création, nous montons des opéras baroques (Caroline s’occupe de la mise en scène et je me charge de la direction musicale et de dénicher de nouvelles partitions) et avons déjà monté plusieurs opéras dont 4-5 pour jeune public.


À travers les années, voyez-vous un changement vis-à-vis du grand public ?


S.D.H : Selon moi, la musique baroque est assez bien représentée à travers les programmations des opéras et des festivals musicaux (qui représentent une bonne nouvelle pour les ensembles indépendants !). Je suis convaincu que les néophytes sont toujours sous le charme car c’est une musique physiologique qui, en fin de compte, utilise des moyens qui peuvent constamment être remis au goût du jour. Donc, elle parle à un large public ! À l’avenir, pourquoi ne pas instaurer un orchestre baroque permanent afin d’ancrer davantage le répertoire au sein des structures ?


Vous interpréterez l’œuvre des ‘’Leçons de Ténèbres’’ de François Couperin. Que représente pour vous ce répertoire et pourquoi l’avoir choisi ?


S.D.H : Comme il s’agit de la première pièce jouée par notre ensemble, elle représente la première pièce du puzzle. Puis, la partition est unique et reste un vrai bijou de la musique de chambre sacrée du XVIIIème siècle car il est extrêmement réussi et abouti par son degré de précision et ses richesses harmoniques. Il s’agit d’une œuvre créée par les Sœurs de l’Abbaye de Longchamp en 1714 et écrite pour la semaine Sainte. À l’époque, elle était jouée vers 3h du matin et se terminait à l’aube, traduisant le passage des Ténèbres à la lumière À ma connaissance, il existe peu de partitions qui sont soigneusement composées comme celle-ci.


Enfin, quels sont les prochains projets artistiques de l’ensemble ?


S.D.H : Pour cette année, nous avons un projet de production autour d’un opéra-bouffe de Pergolèse Livietta e Tracollo réunissant l’univers du clown et de la musique baroque du milieu du XVIIIème siècle, représentant une production dynamique pour les enfants et les familles. Nous la reprendrons en Ardèche en juin 2022. Puis nous sommes toujours forts investis par les premiers oratorios d’ Haendel, plus particulièrement sa première œuvre Il Trionfo del Tempo e del Disinganno qui fera l’objet d’un enregistrement CD avec la participation de la mezzo-soprano Karine Deshayes. Et nous monterons l’opéra de Haendel Giulio Cesare in Egitto avec les jeunes chanteurs en voie de professionnalisation issus du Pôle lyrique d’Excellence (dirigé par Cécile de Boever).


Propos recueillis par Marjorie Cabrol